Mon premier Festi’femmes, j’avais 22 ans, passionnée attirée par le café théâtre, déprimée parce je venais de me faire rembarrer au téléphone, par une directrice de café théâtre Parisien, qui m’a finalement invitée à venir assister au Festi’femmes, organisé par une certaine Eliane Zayan, dans un certain Quai du rire , situé sur un certain Vieux port…
J’y allais donc par un soir de 4 Mars et un mistral glacial, de ceux qui durent 9 jours et qui rendent fous et  qui faisait que j’étais bien heureuse de me réfugier dans ce fameux Quai du rire, plein d’artistes, plein de lumières, plein de rires. Je croyais me rendre dans un café théâtre, j’entrais en fait dans le temple du rire. On m’a présentée Eliane Zayan, qui me voyant si jeune, me devinant artiste, refusa que je paie ma place et me remit même un badge d’accès pour toute la durée du Festi’femmes, donc la chance d’assister à tous les spectacles… ! Je ne connaissais personne, mais je connaissais Eliane, je me faufilais entre ces êtres bruyants, au verbe haut, à la répartie facile… J’étais timide comme il n’était pas permis de l’être en pareil lieu ! C’était la première fois de ma vie que j’approchais des artistes d’aussi près, parmi lesquels Marianne Sergent la meneuse, je me sentais comme dans l’antre de quelque chose, l’antre de ma vie peut-être, j’étais émue, envieuse, rêveuse, je crevais d’envie de faire ce métier, et d’être un jour, bientôt parmi eux, à cette place : sur la scène à faire la dingue, pour le plus grand bonheur du public. J’observais Eliane, la patronne présente partout, voyant tout, tout, tout. Ce premier soir je vis les tables se dressaer pour le diner des artistes et public, je tentais de m’éclipser, une comédienne me dit : « Mais pourquoi tu pars », je lui répondis que les places semblaient « comptées » et que je ne voulais pas abuser, elle me fit remarquer qu’on ne m’avait pas encore « jetée » et je lui rétorquais fièrement que je n’allais pas attendre qu’on le fasse. Au moment de sortir, je tombais nez à nez avec Eliane : « Où tu vas minote? » Moi : « Ben, euh je rentre… » Elle : « Mais non tu as ton badge tu restes avec nous. Allez va t’assoir, la soirée n’est pas terminée, il y a encore des spectacles!  » Je ne connaissais personne mais je connaissais Eliane, qui me reconnut.
J’étais adoptée, mon rêve commençait.

Hafida BETTIR